Du bon usage de l’intelligence collective (Cessons d’être des moutons) – Cass Sunstein

En cours de lecture. Cass Sunstein est en particulier professeur en économie comportementale, l’étude expérimentale du comportement humain en situation économique .Dans la première partie, il explore les décisions en groupe et comment elles peuvent échouer, en particulier faute de partage d’informations des participants , tendance au consensus,..Il explore ensuite 8 façons pour réduire les erreurs : écoute et silence des leaders, incitation à la critique, avocat du diable. Un ouvrage passionnant et assez simple à lire,qui donnent des idées d’améliorations à tous ceux qui animent des groupes pour en tirer les meilleures décisions.

La démocratie des crédules – Gerald Bronner

G Bronner est sociologue de la communication. Il explore ce à quoi nous sommes soumis journalièrement en terme de communication internet et réseaux sociaux et les biais d’interprétation de ce flux: ce qu’il appelle ce marché cognitif, totalement libéralisé où se diffusent informations , croyances et complotismes.quand sur ce marché la concurrence augmente , la fiabilité de l’information passe un palier puis chute drastiquement: il faut diffuser avant de vérifier et prendre du recul.

Il explique notre difficulté pour démonter ces informations fausses ou biaisées: l’effort à fournir,les multiples compétences à déployer et la motivation à avoir sont hors de portée. Biais de confirmation, biais de proportionnalité,effet rateau, pardoxe d’Olson sont évoqués au travers d’exemples historiques de diffusion de rumeur.L’être humain a de très grosses difficultés à appréhender le hasard et la probabilité, préférant une histoire simple qui le rassure.Il esquisse des solutions dont une n’est pas le doute systématique mais l’apprentissage de la méthode pour exercer son esprit critique.A lire.

Le courage de la nuance – Jean Birnbaum

« Nous étouffons parmi des gens qui pensent avoir absolument raison » disait naguère Albert Camus.L’essayiste convoque de grands intellectuels: Camus, Bernanos, Arendt, Aron ,Orwell, Tillon et Barthes. ils ont la particularité d’avoir écrit contre leur « camp » :le socialiste Orwell très tôt en 48 contre le communisme,le royaliste Bernanos contre les atrocités de Franco pendant la guerre civile espagnole…La littérature resterait la meilleure façon de décrire le réel dans sa complexité. un petit livre facile à lire et rassérénant par les temps qui courent.

L’autre moitié du soleil- Ngozi Adichie Chimamanda

Ce roman de la célèbre autrice nigériane qui a écrit Americanah nous plonge dans le Nigeria de ses grands parents, plus précisément dans les années 60 juste après l’indépendance. La vie de 2 soeurs issues de familles riches qui s’éloigne de leurs parents dans un monde de compromission et de corruption.Issues de l’ethnie igbo ( sud est du Nigeria), minoritaire mais dirigeante, l’un vit avec un intellectuel engagé ,l’autre noue une relation discrète avec un britannique établi dans le pays. Un troisième personnage important est Ugbu, entré au service d’un des couples comme boy qui observe ce milieu.La Deuxième partie se déroule pendant la sécession du Biafra , déclenchée suite aux persécutions d’igbo dans le nord du pays. Plongée dans une réalité de cette guerre où il faut survivre, les 2 soeurs vont essayer de résister. Ugbu sera engagé de force dans l’armée biafraise, jusqu’à l’irréparable.

L’écriture est fluide, riche d’émotions, même si il est parfois difficile de suivre les personnages secondaires.J’ai repris ce roman après avoir abandonné le dernier roman publié, L’inventaire des rêves, trop statique dans son déroulement.

L’origine du monde- Marc-André Sélosse

Une histoire naturelle du sol à l’intention de ceux qui le piétinent

C’est un gros livre de vulgarisation sur le sujet des sols. le discours scientifique, assez simple, est accompagné de petits dessins avec de petits personnages illustrant la vie sous terre.Ceux qui ont lu la Vie Secrète des Arbres seront intéressés.

La biodiversité du sol dépasse de loin celle visible en surface, et pourtant elle est souvent ignorée, voire méprisée.Comment le sol porte , nourrit et protège notre vie terrestre.Comment ils se sont crées à partir de la roche mère ( la pédogénèse) .Comment la matière organique se décompose, la minéralisation des sols? Comment les plantes s’alimentent avec les racines, les champignons, les symbioses microbes et plantes.Comment se font les échanges de CO2, d’azote ? Les minéraux qui nourrissent les pantes (calcium, potassium, phosphore, fer,..) issues des sols et de la décomposition de la matière organique.Spécialiste du sujet, l’auteur insiste sur les symbioses entre champignons et racines ( mycorhize en langage savant) qui aident les plantes à capter les nutriments.

Le début est captivant, le chapitre sur les interactions plantes champignons est plus dense, mais on peut le sauter et dernier chapitre sur notre rôle ( celui des agriculteurs en particulier) est passionnant avec les diverses pratiques; agriculture de conservation ou biologique, l’agroforesterie,..Une manière de prendre du recul et d’avoir un regard personnel par rapport aux débats écologiques actuels.

Pédagogie de la Résonance- Harmut Rosa

Au travers d’un livre d’entretiens, le philosophe-sociologue Harmut Rosa, spécialiste de l’accélération du temps dans nos vies et de ses impacts sur notre rapport au monde, explique comment il en est venu au concept de résonance, comme élément essentiel d’un rapport au monde authentique. Dans cet ouvrage, il développe l’aspect pédagogique,c’est-à-dire comment faire à l’école pour que s’instaure cette résonance entre maître, élève et …savoir enseigné.Plus concrètement, pour faire que « la classe crépite », autrement dit que ce triangle de résonance s’initie pour une réelle appropriation.A défaut, ce sera un triangle de répulsion. Il y développe quelques notions qui facilitent la compréhension du chemin à faire vers cette résonance pour le pédagogue. Livre inspirant.

Vous avez dit conservateur? – Laetitia Strauch-Bonnard

Un essai de philosophie politique, facile à lire, de qualité variable mais qui a le mérite d’éclairer la notion de conservatisme, peu connue car mal perçue.

L’auteur explore d’abord le conservatisme britannique (tory), qui est une tradition intellectuelle claire et revendiquée depuis Hobbes, Locke et la première révolution anglaise. Le conservatisme est le souhait de la transmission de la culture et des traditions d’une nation. Le conservateur souhaite inverser la charge de la preuve en face d’une réforme avant de la décider :ceux qui veulent changer doivent prouver qu’elle est efficace.

Donc,ancré dans le réel de la société, le conservatisme est une opposition au progressisme, dont il dénonce les idéaux abstraits plaqués sur une société.

Selon l’auteur,nos hommes politiques préferrent parler de changement et d’éfficacité que de conservatisme. Autrement dit,en France, les conservateurs préferrent prendre les habits du progressisme plutôt que d’assumer leur conservatisme et le défendre. L’auteur éclaire les raisons: la tradition de la Révolution Française, la crainte d’être perçu comme rétrograde ou antidémocratique,voire réactionnaire (aspiration à revenir à une situation antérieure idéalisée), absence de tradition intellectuelle,une image antidémocratique,rétrograde associée à l’extrême-droite.

En conclusion, quels que soient les avis de chacun, le livre est éclairant et stimulant sur 3 plans: il aide à mieux comprendre les différences de fond à droite entre Angleterre et France et encourage à approfondir. Il permet un regard décalé en sortant de notre hexagone. Enfin , il permet aussi de réfléchir entre changement ou conservation en face d’une situation.

Le garçon incassable – Françoise Seyvos

Surprenant roman qui retrace , en parallèle, d’Henri ,enfant spécial , depuis sa naissance difficile et l’histoire de Buster Keaton, enfant de la balle cabriolant et chutant sa blessure. Henri, malgré son handicap et la volonté de son père de le re(dresser) vit sa vie en silence dans son monde, en résilience. A chaque reproche, » je ferai mieux la prochaine fois ». C’est aussi un peu le cas de Buster Keaton,acteur au visage impassible, avec son père, puis ses producteurs qui ne lui permettront pas de survivre au parlant.Mais cette résistance apparente cache une souffrance: Pour Henri, » Un jour, il s’est effondré sans prévenir. il n’a rien dit. Il s’est simplement allongé et a fermé les yeux ». pour Buster Keaton, »Son père le lançait à travers la scène,le frappait, le faisait tomber. Les spectateurs riaient. Lui ne pleurait pas. »

Wallace- Colin Niel

Le dernier roman de Colin Niel, après Darwyne en 2022 qui m’avait séduit. Nous sommes toujours en Guyane, entre la ville et la forêt amazonienne toute proche. Mathurine, assistance sociale à la protection de l’enfance , mère célibataire, très attirée par la nature sauvage vit avec son fils Wallace, passionné de jeux vidéos.Ils affirment leur amour parental et filial réciproques mais tout les sépare.La tension va monter lorsque Tiburce, endeuillé par la mort de sa fille,va révèler une apparition étrange dans la forêt.Cela va déclenché chez Mathurine des souvenirs liés à Darwyne et une attraction vers la forêt.

Le roman prend alors un tour fantastique, tout en restant bien ancré dans le réel. Les épisodes dans la forêt ont capté ma lecture de ce roman que j’ai fini en quelques jours.

Réalité sociale, puissance et mystère de la nature vivante, relations parents-enfants: colin Niel quitte le roman noir et part sur des chemins plus universels.Un auteur méconnu des médias et c’est dommage.