C’était ça ou mourir -Thélyson Orélien

Jornas Dorléon quitte sa maison en feu de Carrefour-Feuilles, en Haïti , sous les coups de boutoirs des bandits. Il part avec rien, un sac plastique contenant son diplôme de professeur, un livre de poèmes,un slip propre et une photo de sa mère.A peine parti, il survit à l’attaque du bus par des bandits puis rejoint la République Dominicaine.Il commence sa vie de migrant qui va le conduire en Amérique Latine pour remonter vers la frontière américaine. Les pages où est décrite la traversée du Darien à pied , une zone de forêt et de marécage sont particulièrement hallucinantes? Thélyson écrit comme un poète avec des métaphores puissantes dont j’ai choisi celles qui m’ont frappées.

« Je comprenais enfin que le pays était mort. Que Haïti n’était plus un pays, mais un prétexte. Un panneau. Une illusion sur un billet de banque déchiré. Les gangs se battaient pour le territoire. Mais le territoire n’appartenait plus à personne. Pas à l’État, pas à nous. Même Dieu avait déménagé sans laisser d’adresse. »

« Parce que c’est ça le vrai voyage d’un migrant : ce n’est pas le trajet, c’est le retranchement, la dépossession, la lente érosion de soi. Chaque étape t’enlève quelque chose. »

« Il suffisait d’un geste, d’une fuite, d’une larme, et tout le monde verrait que je n’étais plus un homme, juste un récipient fissuré. »

Guerre et Paix entre profits et salaires – Jean-Hervé Lorenzi

L’économiste évoque le problème incontournable de la répartition de la richesse entre revenu salariaux et revenus du capital en dressant une rapide fresque historique depuis la Hollande et l’Angleterre au XVII ème siècle jusqu’au XXème siècle.Il explore les principales données économiques sur la période 1960 2018::taux de croissance, gains de productivité et taux d’investissement . Il relève que ceux-ci baissent quand la part des profits augmente au-delà de 30-35%., ce qui est le cas actuellement.Côté France , il traite de la société vieillissante , du coût de la dépendance ainsi que de la jeunesse sacrifiée: les NEET: Ni en Etudes, ni en Emploi ni en Formation et de l’effort insuffisante vers l’apprentissage.

Le dernier chapitre m’a paru le plus intéressant, car il traite de la répartition de la charge fiscale, dans cette logique 1/3 2/3.Un tableau des 8 catégories d’impots et taxes est très éclairant avec les masses récoltées.L’auteur recommande afin de stimuler les hausses de salaires et des investissements productifs, l’augmentation des impots sur l’héritage,sur les dividendes non réinvestis,hausser la TVA sur les produits de luxe et baisser les taux réduits et surtout remplacer IFI, taxe foncière et droits de mutation par un impot globzl plus rémunérateur. A l’approche des élections et des propositions des candidats, l’ouvrage donne une vue globale d’une répartition fiscale et d’une proposition d’évolution pour répondre aux enjeux de notre pays et prendre un peu de recul par rapport aux intérêts particuliers.

Le Tabac Tresniek – Robert Seethaler

Franz habite avec sa mère dans les montagnes du Salzhammergut avec sa mère. Suite à une noyade, il doit partir pour Vienne chez un buraliste. nous sommes en 1937, au moment de l’Anschluss et la montée du nazisme et l’antisémitisme. Du petit magasin, il découvre la grande ville. Sigmund Freud vient acheter ses cigares. Il va chercher l’amour et rencontre Anezka, actrice dans une fête foraine….

Robert Seethaler a une écriture simple et précise sur les gestes quotidiens, sans lyrisme. La rencontre de Franz ,un être simple avec Freud,l’intellectuel est particulièrement éclairante. Franz traduira concrètement l’interprétation de ses rêves en les affichant chaque jour sur la devanture de bureau de tabac: faisant entrer certains clients et fuir d’autres

Et la joie de vivre – Gisèle Pélicot- Judith Pérignon

Je me rappelle encore cet instant de l’été 2024 quand j’ai découvert cette affaire dans un article du Monde: instant de stupeur qu’un homme ait pu faire cela et conscient que cette affaire allait remuer.Gisèle Péricot est apparue très digne en public avec sa décision de refuser le huis clos ;En lisant ce livre, j’ai mesuré à la fois le déchirement et le traumatisme, le cyclone dans sa famille en particulier avec sa fille pour qui le doute de viol persiste ,mais aussi la force intérieure de cette dame. Et le mystère de Monsieur Pelicot reste entier… Un témoignage à lire, où l’on sent la patte de Judith Pérignon, personnalité également très attachante.

« Cette histoire brasse notre violence, notre crasse à peine souterraine, nos fuites, elle est le sale reflet de la domination et de la prédation qui structurent encore notre monde. » » C’est fini l’affaire est close. les violeurs sont en prison.Celui qui a fait appel a été condamné à dix ans au lieu de neuf. Le temps de la justice est terminé. Il m’a aidée, éprouvée, il a décortiqué cinquante années de ma vie, un demi-siècle mis à mal, dépecé, qui désormais s’éloigne. Il m’a laissé des alliés pour toujours. »

Histoires de la nuit – Laurent Mauvigné

La Bassée, hameau quelque part en France. » 3 maisons.Bergogne avec sa femme et sa fille. L’autre maison est à vendre , et puis moi. » Moi, c’est Christine, peintre à ses heures.La femme, c’est Marion qui va fêter ses 40 ans.Progressivement, le climat va s’alourdir avec des menaces . L’écriture est faite de phrases longues,qui donnent de l’épaisseur à chaque instant, tout est détaillé, les émotions des protagonistes.autant dire que l’on entre dans un thriller, où le passé des personnages va apparaitre très progressivement, jusqu’au cataclysme final.

Cultiver le désir et Vivre aux éclats – Frédéric Lenoir

Le désir est central dans nos vies comme facteur de motivation et de développement.Frédéric Lenoir, un grand vulgarisateur de philosophie, éclaire ce concept au travers des principaux philosophes : je retiendrai Spinoza bien sûr; mais aussi Bergson, Jung, Epicure. Encore faut-il que l’on parle de nos d »sirs authentiques et pas ceux imposés extérieurement, consciemment ou inconsciemment. Vaste sujet qui aide chacun à mener un réflexion sur soi-même.A lire donc.

Le Pays des Européens -Sylvain Kahn -Jacques Levy

Nous sommes soumis régulièrement à des critiques de l’Europe, venant soit de nos politiques mais surtout de tous les lobby gênés par les réformes européennes. Libre à chacun d’y souscrire ou non. Ce livre défend la thèse que si l’Europe n’est pas un pays, c’est déja une société avec de nombreux éléments en commun; certains sont des avantages bien connus : monnaie bien sûr, possibilité de voyager librement,d’étudier, financements des projets … mais d’autres le sont moins ou alors nous n’en sommes plus conscients: protection des consommateurs,normes de sécurité, identité à plusieurs niveaux ( région, pays,Europe) ,télécommunications et banques. Dépassant le nationalisme, cet espace apporte une grande diversité, tout en étant dans une même civilisation. En quelque sorte, l’étranger est devenu moins étranger.Dans le contexte morose actuel, je suis sorti de ce livre avec un peu plus d’optimisme et cela fait du bien.

Une vie entière – Robert Seethaler

L’histoire d’un homme simple, né au début du 20ème siècle au fin fond d’une vallée autrichienne.Recueilli par une famille, rendu infirme, il va vivre , simplement vivre avec l’évolution de sa vallée, toujours un peu en marge: construction d’un téléphérique, les premiers touristes, la guerre en Russie, l’amour, une avalanche, l’arrivée des sports d’hiver en conservant sa simplicité. L’écriture est simple et vivante,avec quelques fulgurances dans les évènements ( l’avalanche dans la nuit !) comme toujours chez cet écrivain autrichien que j’affectionne.

Les Habitantes- Pauline Peyrade

La narratrice, Emily occupe une maison à la campagne, avec sa chienne Loyse, vivant un peu en marge. Elle a vécu dans cette maison avec sa grand-mère.En parallèle avec le récit, la succession des lettres juridiques lui annonçant la vente de la maison. Le récit se poursuit,avec une grande sensibilité à la nature, aux objets, au vivant : le regard est horizontal , sans allégorie et lyrisme, mettant au même niveau personnages, animaux, objets et nature. Au-delà de la tension narrative avec le débat Habiter/Posséder, cette écriture sensorielle procure un réel plaisir.

Aqua – Gaspard Koenig

Un roman sur l’eau dans une petite commune normande. La sécheresse conduit à un assèchement des sources d’eau dans la commune. Le roman décrit les péripéties des 2 maires successifs face aux attentes de leurs administrés, souvent différentes. Les relations avec la préfète sont tendues.Cela commence par une femme pragmatique mais aussi idéaliste qui finira par jeter l’éponge.Par exemple,faut-il conserver la gestion de son eau ou rejoindre un syndicat des eaux avec la commune voisine? Ensuite un homme, ancien haut fonctionnaire au Ministère de l’Environnement , soumis à la pression de son oncle , ancien maire et agriculteur qui devra descendre mettre les mains dans le cambouis. L’auteur explore les enjeux environnementaux dans une histoire finalement attrayante.