Le Tabac Tresniek – Robert Seethaler

Franz habite avec sa mère dans les montagnes du Salzhammergut avec sa mère. Suite à une noyade, il doit partir pour Vienne chez un buraliste. nous sommes en 1937, au moment de l’Anschluss et la montée du nazisme et l’antisémitisme. Du petit magasin, il découvre la grande ville. Sigmund Freud vient acheter ses cigares. Il va chercher l’amour et rencontre Anezka, actrice dans une fête foraine….

Robert Seethaler a une écriture simple et précise sur les gestes quotidiens, sans lyrisme. La rencontre de Franz ,un être simple avec Freud,l’intellectuel est particulièrement éclairante. Franz traduira concrètement l’interprétation de ses rêves en les affichant chaque jour sur la devanture de bureau de tabac: faisant entrer certains clients et fuir d’autres

Et la joie de vivre – Gisèle Pélicot- Judith Pérignon

Je me rappelle encore cet instant de l’été 2024 quand j’ai découvert cette affaire dans un article du Monde: instant de stupeur qu’un homme ait pu faire cela et conscient que cette affaire allait remuer.Gisèle Péricot est apparue très digne en public avec sa décision de refuser le huis clos ;En lisant ce livre, j’ai mesuré à la fois le déchirement et le traumatisme, le cyclone dans sa famille en particulier avec sa fille pour qui le doute de viol persiste ,mais aussi la force intérieure de cette dame. Et le mystère de Monsieur Pelicot reste entier… Un témoignage à lire, où l’on sent la patte de Judith Pérignon, personnalité également très attachante.

« Cette histoire brasse notre violence, notre crasse à peine souterraine, nos fuites, elle est le sale reflet de la domination et de la prédation qui structurent encore notre monde. » » C’est fini l’affaire est close. les violeurs sont en prison.Celui qui a fait appel a été condamné à dix ans au lieu de neuf. Le temps de la justice est terminé. Il m’a aidée, éprouvée, il a décortiqué cinquante années de ma vie, un demi-siècle mis à mal, dépecé, qui désormais s’éloigne. Il m’a laissé des alliés pour toujours. »

Histoires de la nuit – Laurent Mauvigné

La Bassée, hameau quelque part en France. » 3 maisons.Bergogne avec sa femme et sa fille. L’autre maison est à vendre , et puis moi. » Moi, c’est Christine, peintre à ses heures.La femme, c’est Marion qui va fêter ses 40 ans.Progressivement, le climat va s’alourdir avec des menaces . L’écriture est faite de phrases longues,qui donnent de l’épaisseur à chaque instant, tout est détaillé, les émotions des protagonistes.autant dire que l’on entre dans un thriller, où le passé des personnages va apparaitre très progressivement, jusqu’au cataclysme final.

Cultiver le désir et Vivre aux éclats – Frédéric Lenoir

Le désir est central dans nos vies comme facteur de motivation et de développement.Frédéric Lenoir, un grand vulgarisateur de philosophie, éclaire ce concept au travers des principaux philosophes : je retiendrai Spinoza bien sûr; mais aussi Bergson, Jung, Epicure. Encore faut-il que l’on parle de nos d »sirs authentiques et pas ceux imposés extérieurement, consciemment ou inconsciemment. Vaste sujet qui aide chacun à mener un réflexion sur soi-même.A lire donc.

Une vie entière – Robert Seethaler

L’histoire d’un homme simple, né au début du 20ème siècle au fin fond d’une vallée autrichienne.Recueilli par une famille, rendu infirme, il va vivre , simplement vivre avec l’évolution de sa vallée, toujours un peu en marge: construction d’un téléphérique, les premiers touristes, la guerre en Russie, l’amour, une avalanche, l’arrivée des sports d’hiver en conservant sa simplicité. L’écriture est simple et vivante,avec quelques fulgurances dans les évènements ( l’avalanche dans la nuit !) comme toujours chez cet écrivain autrichien que j’affectionne.

Les Habitantes- Pauline Peyrade

La narratrice, Emily occupe une maison à la campagne, avec sa chienne Loyse, vivant un peu en marge. Elle a vécu dans cette maison avec sa grand-mère.En parallèle avec le récit, la succession des lettres juridiques lui annonçant la vente de la maison. Le récit se poursuit,avec une grande sensibilité à la nature, aux objets, au vivant : le regard est horizontal , sans allégorie et lyrisme, mettant au même niveau personnages, animaux, objets et nature. Au-delà de la tension narrative avec le débat Habiter/Posséder, cette écriture sensorielle procure un réel plaisir.

Aqua – Gaspard Koenig

Un roman sur l’eau dans une petite commune normande. La sécheresse conduit à un assèchement des sources d’eau dans la commune. Le roman décrit les péripéties des 2 maires successifs face aux attentes de leurs administrés, souvent différentes. Les relations avec la préfète sont tendues.Cela commence par une femme pragmatique mais aussi idéaliste qui finira par jeter l’éponge.Par exemple,faut-il conserver la gestion de son eau ou rejoindre un syndicat des eaux avec la commune voisine? Ensuite un homme, ancien haut fonctionnaire au Ministère de l’Environnement , soumis à la pression de son oncle , ancien maire et agriculteur qui devra descendre mettre les mains dans le cambouis. L’auteur explore les enjeux environnementaux dans une histoire finalement attrayante.

La Maison vide – Laurent Mauvigné

J’ai fait une première tentative sur les 17 premières pages du prologue: infructueuse avec ces longues pages introductives dans la maison des souvenirs. Mais la deuxième fois fut la bonne, embarqué par l’histoire de Marie-Ernestine Proust au début du siècle, femme découvrant une passion pour la musique qui sera très fortement contrariée par l’ambiance patriarcale de ses et ce style très particulier: à la fois, évoquant les perceptions des personnages, des détours mais aussi un temps très concentré contrairement au temps étiré de Proust.De manière surprenante, on est pris par le texte et le vécu des personnages et je ne me suis pas ennuyé dans cette chronique familiale. Un grand livre qui fera date.

La démocratie des crédules – Gerald Bronner

G Bronner est sociologue de la communication. Il explore ce à quoi nous sommes soumis journalièrement en terme de communication internet et réseaux sociaux et les biais d’interprétation de ce flux: ce qu’il appelle ce marché cognitif, totalement libéralisé où se diffusent informations , croyances et complotismes.quand sur ce marché la concurrence augmente , la fiabilité de l’information passe un palier puis chute drastiquement: il faut diffuser avant de vérifier et prendre du recul.

Il explique notre difficulté pour démonter ces informations fausses ou biaisées: l’effort à fournir,les multiples compétences à déployer et la motivation à avoir sont hors de portée. Biais de confirmation, biais de proportionnalité,effet rateau, pardoxe d’Olson sont évoqués au travers d’exemples historiques de diffusion de rumeur.L’être humain a de très grosses difficultés à appréhender le hasard et la probabilité, préférant une histoire simple qui le rassure.Il esquisse des solutions dont une n’est pas le doute systématique mais l’apprentissage de la méthode pour exercer son esprit critique.A lire.

les Lettres de Capri – Mario Soldati

L’histoire se déroule dans l’Italie de l’après-guerre, entre Rome, Paris et surtout Capri. Tout commence quand Mario, un scénariste, retrouve par hasard un vieil ami, Harry, à Rome. Ce dernier lui confie une intrigue autour de mystérieuses lettres envoyées de Capri. À travers ces lettres et une double confession, on entrevoit la vérité sur un couple en apparence conventionnel, mais dont les relations sont en réalité marquées par la jalousie, la trahison et la confusion des sentiments. Le mari Harry, puis son épouse américaine Jane cachent chacun des secrets et des passions interdites, notamment avec une italienne et un italien qui incarnent la passion méditerranéenne face au puritanisme américain. L’intrigue, aussi tortueuse que la vie des protagonistes, explore les méandres de l’amour, de la trahison et de la jalousie. Une sorte de Liaisons Dangereuses italiennes.

Ce livre d’une autre époque , 1954, a obtenu le prix Strega en Italie, équivalent en mieux du Prix Goncourt, car le jury , Les Amis du Dimanche est un groupe de 400 personnes.Depuis 2025, les votants sont répartis ainsi : 400 Amici della Domenica, 245 votants issus d’instituts italiens de culture à l’étranger, 25 votes collectifs d’écoles, universités et clubs de lecture, et 30 grands lecteurs (professionnels, chefs d’entreprise).Un peu moins élitiste que notre Goncourt ???