La femme gelée- Annie Ernaux

L’histoire d’une femme depuis son enfance dans les années 50 jusqu’à son mariage dans les années soixante. Une jeune fille , issue d’un milieu très modeste en Normandie, brillante qui va faire des études, s’intéresse beaucoup aux garçons, puis s’échappe de son milieu. L’écriture est très cash ,sans jugement, il n’ y a pas d’histoire mais une suite de remarques bien vues : ce genre de texte est dérangeant mais passionnant si on y entre. La fin se déroule à Annecy, où la jeune femme a quitté sa jeunesse pour le mariage, les enfants et le CAPES obtenu avec difficulté.Un regard au couteau sur les hommes .

La Grande Illusion- Journal secret du Brexit- Michel Barnier

3 ans de négociation avec les Britanniques, au nom des Européens, c’est harassant pour les équipes. Où l’on voit à l’oeuvre la perfidie du gouvernement de nos amis britanniques, au sens du manquement à la parole

Voulant retrouver leur pleine souveraineté sans quitter le marché unique, des négociateurs britanniques cherchant ) ouvrir plusieurs canaux de négociation, ne lâchant rien, reprenant leur parole,cherchant des accords qui peuvent annuler ultérieurement…..Malgré un sujet aride, le déroulé du texte est prenant , entre rationnel, réalisme et émotions. Une vrai de cours de négociation.Manquent à la fin plus de détails sur les accords les plus critiques: la pêche , l’Irlande, l’accès au marché unique, la juridiction compétente, et surtout leur robustesse car les Britanniques chercheront à les détricoter.

En face une équipe européenne, plutôt bien soudée, ayant fait le tour des capitales pour connaitre les lignes rouges de chaque pays. Jusqu’au bout le No deal est toujours possible : le Covid a aidé à arracher un accord le 24 décembre.

Ce qui reste en forêt – Colin Niel

Le 2ème polar de Colin Niel , toujours en Guyane.Un chercheur disparait dans la forêt guyanaise: les chercheurs d’or clandestins venant du Brésil sont suspectés. Le capitaine Anato, seul officier de gendarmerie d’origine guyanaise enquête, mais pour lui et son équipe, leur vie personnelle interferrerra avec cette investigation. Toujours très documenté , Colin Niels nous promène dans une histoire complexe, entre la canopée de l’enfer vert et Cayenne.Encore une fois , j’ai beaucoup aimé.

Les armoires vides – Annie Ernaux

Une jeune femme parle de son enfance dans l’épicerie-bar de ses parents à Yvetot. Elle est bonne élève et exprime son sentiment de rejet vis à vis de sa classe sociale qu’elle va progressivement quitter, aspirée par les études, son apprentissage des codes et son attirance vers les garçons. aussi bien vis à vis de ses parents , de ses camarades de classe et de leurs parents, ses sentiments sont partagés entre honte, mépris et regrets .C’est écrit d’une traite , de manière neutre et distanciée mais avec beaucoup d’observations et de perceptions sans filtre aucun. Cela peut choquer ou indisposer, mais c’est intéressant pour appréhender ce qu’est le changement de classe sociale ; c’est le premier livre d’Annie Ernaux, les autres sont plus policés.

Ce matin-là – Gaëlle Josse

J’ai lu ce livre un peu par hasard: c’est l’histoire d’une femme qui tombe dans le burn out . Pas drôle , me direz-vous ? C’est vrai.Au début, on plonge avec la narratrice et…. il n’y a pas de fond, on ne sait pas où cela va finir.Ensuite , il y a un plateau. Je ne vous raconte pas la fin: cela ne finit ni mal, ni bien , mais cela s’éclaircit. Finalement j’ai apprécié ce livre : exploration et aussi incitation à anticiper pour éviter de tomber dans la trappe.Une écriture simple

Les chats éraflés -Camille Goudeau

Une jeune femme quitte ses grands parents et sa Touraine pour aller travailler à Paris. Elle finit par devenir « ouvre-boites » pour son bouquiniste de cousin. A la recherche de sa mère, elle traverse des moments difficiles dans un Paris décrit avec talent. c’est une écriture jeune, avec des émotions traduites dans le texte de manière directe et une capacité de se décrire dans un état second que je vous laisse découvrir. Le premier roman d’un auteur prometteur qui y a mis toute son énergie, espérons que le livre suivant sera aussi beau. A lire vraiment

Le fascisme italien- Serge Berstein Pierre Milza

J’ai longtemps hésité à lire sur ce sujet, que je considérais comme un sujet éculé : ce sont mes cours d’italien qui m’ont motivé pour mieux connaître l’Italie et son histoire.Plus que le fascisme, ce qui est intéressant ce sont les conditions politiques qui ont conduit au fascisme. La guerre a crée une frustration en Italie en particulier par rapport à des revendications territoriales: l’irrédentisme. Le socialisme tiraillé entre maximalistes et modérés a basculé vers la tendance radicale révolutionnaire. Un parti populaire, devenu un arbitre profitant de l’effacement des libéraux qui gouvernaient depuis le Risorgimento, mais incapable de sortir de ses marchandages pour prendre le leadership et s’allier aux socialistes pour contrer l’émergence du fascisme, qui apportait l’ordre et rassurait les intérêts économiques. Le système est devenu progressivement totalitaire sans opposition. Comme toujours la réussite d’un parti s’appuie sur la faiblesse de l’autre part.Un bon livre d’histoire.

Système 1, système 2, les 2 vitesses de la pensée- Daniel Kahneman

Ce chercheur en psychologie appliquée et en économie comportementale , ayant obtenu le Nobel, a écrit beaucoup d’articles , mais un seul livre.Le sujet est majeur : comment réagissons-nous face aux situations ? avec le système 1 : très rapidement et intuitivement, avec le système 2, très lentement mais rationnellement, seulement quand la flemme ne nous empêche pas de l’activer. Bien sûr, ce n’est qu’un schéma, et beaucoup d’expériences révèlent notre difficulté à évaluer les situations correctement. Notre intuition nous joue beaucoup de tours. En particulier notre biais à penser causalement, c’est à dire construire un récit cohérent, et notre grande difficulté à penser statistiquement: regarder les faits et les sources avant d’interpréter . L’auteur mixe expériences et concepts

Nos biais sont passés en revue: l’ancrage, le biais de cadrage,le biais rétrospectif, l’aversion au risque,Tout cela explique le succès des loteries, des assurances, des paris désespérés pour éviter de perdre, la surestimation des évènements rares .Dans ce dernier sujet, vous ferez la différence entre la probabilité de cet évènement et le poids décisionnel pour vous.

Chaque chapitre est passionnant, même si ce n’est pas toujours aisé à lire, mais au moins il y a de la densité par rapport à beaucoup de livres.Et les derniers chapi

tres sur nos biais de perception pour accroître notre bonheur m’ont passionné.Mon grand livre de l’année: bien sûr, il faut y rentrer

PS :à plusieurs reprises, j’ai observé que les auteurs d’un seul ou 2 livres, que ce soient des romans ou des essais, donnent des livres particulièrement intéressants: cela pourrait être un guide pour le choix d’ouvrages, sauf bien sûr à avoir le plaisir de retrouver le même sujet, la même ambiance chez un même auteur.

si vous souhaitez lire les sujets de ce livre sans le lire ou avant de le lire : https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_1_/Syst%C3%A8me_2:_Les_deux_vitesses_de_la_pens%C3%A9e

Conrad. Le voyageur de l’inquiétude- Olivier Weber

Une courte biographie littéraire d’un des plus grands écrivains fin XIXème début XXème, impressionnant par la densité de son écriture et son rapport au temps. Elle raconte la vie de ce polonais,dans une Pologne encore sous l’empire russe , venu apprendre le métier de capitaine de navire de commerce à Marseille: capitaine en second puis capitaine pendant 20 ans sur les océans avec une prédilection sur les mers asiatiques mais aussi sur le fleuve Congo. Un des ses romans, Au coeur des Ténèbres , a inspiré le film de Francis Ford Coppola, Voyage au bout de l’Enfer.Lisez Typhon, pour être au coeur d’un typhon ou Lord Jim sur le sentiment du remords d’un capitaine devant abandonner son navires en flammes. Une écriture puissante, étirant le temps, un récit parfois fragmenté qui ont fortement inspiré les écrivains modernes comme Faulkner.Pour ceux qui aiment la littérature.

An artistic montage of a picture of English writer Joseph Conrad with a ship (Photo by Mondadori via Getty Images)

Les capitalismes à l’épreuve de la pandémie- Robert Boyer

Un livre de Robert Boyer, économiste à l’origine de l’Ecole de la Régulation . Il revisite tout les macrophénomènes que nous avons vécu cette année Covid, entre santé, politique et économie. C’est utile pour mieux comprendre la dynamique du système à l’oeuvre sur le temps long et termine sur les perspectives entre capitalisme de plateforme et de surveillance ( les GAFA) , capitalisme d’ Etat ( Chine, mais aussi un peu Europe) Il essaie de tracer des perspectives sur les mouvements à venir , avec les chances d’une société centrée sur la santé, la culture,la liberté.Cela se lit assez bien, certains textes plus accrocheurs que d’autres.Pour comprendre ce qui va nous arriver.

Voici une copie de ce qu’est l’Ecole de la régulation : »les phénomènes économiques ne peuvent se comprendre à travers des modèles abstraits et axiomatiques, mais par la prise en compte des combinatoires entre événements historiques, institutions politiques, juridiques et culturelles, rapports sociaux et cadres idéologiques de l’action publique et des décisions »

A lire sur internet les annexes ( schéma et graphiques) sont sur internet et pas dans le livre:https://robertboyer.org/download/Annexes-livre-Boyer-2.pdf