Histoire de la Corse – Roberto Colonna d’Istria

Tour Génoise

Comme sa grande soeur, la Sicile, la Corse a été envahie tout au long de son histoire. Désunis entre familles et clans, les Corses, peuple paysan et éleveur et pas commerçant,se sont parfois donnés des dirigeants hauts en couleur. jusqu’au milieu du 18ème siècle territoire de Gênes , qui ne visait qu’à protéger ses voies maritimes, sans jamais la développer,elle a fini par devenir française.Cette histoire nous apporte à la fin quelques infos clés sur l’esprit corse, schizophrène entre fidélité à son clan/famille et rationnalité française. A lire.

Covid-19.Anatomie d’une crise sanitaire- Jean-Dominique Michel

Livre de l’anthropologue suisse des pratiques de santé, qui reprend le fameux article de son blog du 18 mars « Covid 19: fin de partie » où il contestait l’intérêt du confinement total pour cette épidémie qu’il ne juge pas pire qu’une épidémie de grippe, tout en disant que le virus est meurtrier pour les personnes à risque ( un exemple d’argumentation sinueuse) . Beaucoup d’informations dans cet ouvrage vite écrit et un peu touffu.

Il rappelle le manque de connaissance face à ce virus:1/ le taux de létalité surestimé ,faute de dépistage suffisant de la population,et connu seulement mi avril ( 0,2%), 2/ l’ignorance des paramètres du virus qui se révèle plus contagieux que les précédents (R0 de 5,6 au lieu de 2, 3/ la durée de contagiosité de 20 à 40 j et non 5 à 7 jours, 4/ distance interpersonnelle de contagion de 4 m et non 2 mètres

A partir de là, des projections de simulations alarmistes ( 500000 morts) ont conduit les gouvernements latins à des confinements sévères, dont il pense que ce n’était pas la solution , même s’il la respecte.

Il liste 11 recommendations pour une gestion efficace de la crise ( dont médecine préventive pour réduire le nombre de personnes à risque,dépistage, traçage, confinement des personnes à risques,…) dont on peut dire que 4 ou 5 au maximum ont été appliquées. Rappelle que les cas graves restent le point noir ( personnes agées et surtout avec maladies chroniques qui auraient nécéssité de la médecine préventive pour rétablir leur système immunitaire ).

Défend la démarche du Pr Raoult sur l’hydroxychloroquine:utilisé à 600mg par jour ( toxique à lus de 2g/j et électroencéphalogramme de suivi,le médicament aurait l’avantage de réduire la durée de portage viral de 12 à 4 jours ), mais s’il reconnait que l’efficacité n’est pas assurée . Dit qu’il a une démarche de médecin, plus que de scientifique: appliquer ce qui marche en situation épidémique .Dénonce les intégristes de la méthodologie, inutiles en situation d’urgence. Se pose la question du mode de communication du Pr Raoult, mais se révèle peu exigeant vis à vis de lui sur la rigueur de ses essais .A été atteint du Covid et l’a résorbé après 3 jours avec l’hydroxychloroquine et l’azithromycine

Pour revenir au confinement, fait une comparaison (très succinte) entre les approches en Corée, Hong Kong, Allemagne et Italie.Le point faible du livre est de ne pas s’interroger si le gouvernement pouvait décider si un non confinement était possible avec les moyens dont disposaient le pays ( lits de réanimation, absence de mise au point de tests pour ce virus , organisation centralisée ou décentralisée du pays , acceptabilité du traçage et du confinement sélectif ? etc…) et surtout une réflexion comment monter un système de santé capable d’encaisser ce genre de choc. Ne rappelle pas que le gouvernement avait la quadrature du cercle à résoudre pour agir : faire peur sans faire peur . Un élément de réponse interessant est la médecine préventive.

Sur sa vidéo You Tube, le personnage utilise un vocabulaire polémique qui fait penser au populisme , en n’étayant pas ses dénonciations.Un côté donneur de leçon.Je me dis que peut être l’épidémie n’était peut être pas si grave, mais elle demandait une excellence dans le plan sanitaire et dans son éxécution que la plupart des pays n’avaient pas. A lire donc avec un esprit critique.

Le Léopard des Neiges – Peter Matthiessen

Le récit d’un trek dans les années 70 dans le Dolpo, au Népal,pour observer le bharal, grand mouflon bleu d’Himalaya et le léopard des neige. Jour après jour, le récit se déroule avec le mauvais temps , le froid et la difficulté avec les porteurs. Ce livre décrit la progression des 2 protagonistes, Peter et GS , alternant avec des considérations plus profondes sur l’expérience de méditation de l’auteur, sur son égo…. .On entre peu à peu dans sa lecture et j’ai beaucoup apprécié cet ouvrage, bien écrit, entre aventure spirituelle et observation de la nature (plantes et animaux). Plus dense et mieux écrit que le dernier ouvrage homonyme de Sylvain Tesson.A lire.

Au Maroc – Pierre Loti

Je continue la lecture des récits de voyage de cet officier de marine-écrivain. Cette fois-ci , il accompagne une ambassade à Fez dans les années 1890, dans un Maroc encore très « médiéval ». La description du voyage entre Tanger et Fez , puis le séjour dans la vieille ville de Fez est un modèle du genre. Il y a quelques longueurs , mais tout comme Loti a quitté sa délégation pour habiter dans la ville arabe et sur les toits, l’immersion du lecteur dans le coeur de Fez est totale. »Là-haut sur ma maison,c’est le même enchantement chaque soir: la ville tout en or jaune et rose,les plus proches terrasses séparées de moi par une insaisissable vapeur bleuâtre , et les terrasses lointaines ,les milliers de carrés de pierre, en teintes irisées qui se dégradent , dévalant sur les collines jusqu’à la ceinture des remparts et des jardins verts. »Seul le matin,de bonne heure, vêtu en arabe, et à pied,je m’en vais au bazar , acheter de l’eau de rose et du bois odorant des indes, afin de parfumer la maison, comme il est d’usage » .  » Là en général,quand je parais ,les petits murs alentours se garnissent de têtes de femmes, toujours oisives et curieuses d’examiner le voisin d’une espèce rare que je suis pour elles. Les airs de la sauvagerie des premiers jours,ont disparu très vite:ce qui serait une énormité d’imprudence coupable pour un musulman,semble sans danger avec moi , qui ne le dirais à personne et qui d’ailleurs vais repartir bientôt , si loin, si loin pour mon pays fantastique. »

Sapiens contre Sapiens – Pascal Picq

Toujours intéressant de lire un paléoanthropologue qui retrace l’histoire de l’humanité depuis les premiers hommes:les apports de la paléogénétique; nous venons d’Afrique; des 5 grandes types d’humanidés, toutes ont disparues sauf Sapiens; les hypothèses de peuplement du monde avec ses resistances idéologiques. La conclusion variée et sans thèse accrocheuse interroge le futur : risque d’effrondrement démographique,le succès d’une espèce crée les conditions de son déclin,les principales menaces sont d’origine humaine . Sapiens se retrouve face à lui-même, Sapiens.

Du mode d’existence des objets techniques – Gilbert Simondon

Un livre de philosophie technique, que je suis arrivé à faire sortir de la bibliothèque du patrimoine de Grenoble. Ce livre est difficile à lire dans certains passages , en particulier dans la 2ème partie. Il est passionnant en sur la maturité des fonctions d’un objet technique , sur des exemples concrets, il est vrai des années 60 . Il réhabilite la culture des objets techniques ( la conception d’un outil et toutes ses fonctions qui ont été crées et améliorées par l’homme au fil des années ), qu’il évoque la relation de l’homme à la machine, soit sous forme d’aliénation , soit sous forme de maitrise.Aujourd’hui , nous imaginons notre culture autour de la musique, la littérature , le théatre ,etc… mais n’imaginons pas la richesse de nos objets quotidiens, que nous méprisons un peu comme objets de consommation.Les observer et comprendre leurs fonctions, qui ont été améliorées par l’homme pour être utiles, peut être un grand motif de satisfaction, plutôt que de les utiliser inconsciemment et avec mépris. C’est aussi l’occasion d’un respect pour ceux qui travaillent manuellement . Si vous n’êtes pas convaincu, prenez un crayon pour concevoir un objet pratique.La Troisième partie est difficile et m’a moins interessé. Un livre, une fois n’est pas coutume, que je ne vous conseille pas, sauf si vous êtes très motivé par la philosophie technique.

La princesse de Clèves- Madame de Lafayette

Qu’est ce qui m’a pris de lire ce livre en plein confinement en 2020 ? un texte lu sur France Culture, dans le cadre des révisions du bac. C’est un classique, un des premiers romans psychologiques, avant Balzac et Stendhal. Une femme amoureuse prise entre vertu et paraître. la langue est parfois précieuse, mais le texte est bien écrit et assez court ( moins de 200 pages).

Fayette’, (1634-1693), 1830. Marie Madeleine Pioche de la Vergen (1634-1693) known as Madame de La Fayette, French writer of one of the earliest historic novels ‘La Princesse de Cleves’. Maid of honour to Queen Anne of Austria, she married Francois Motier a nobleman 18 years her senior. From « Biographical Illustrations », by Alfred Howard. [Thomas Tegg, R. Griffin and Co., J. Cumming, London, Glasgow and Dublin, 1830]. Artist Unknown. (Photo by The Print Collector via Getty Images)

Le sergent dans la neige – Mario Ringoni Stern

l’histoire d’un soldat italien qui est sergent sur le front russe sur le Don lors de la dernière guerre.C’est raconté au ras du sol, avec minutie dans les détails, dans le froid : des descriptions concrètes, des sensations. Comme si l’auteur souffrait seulement de la réalité concrète: le froid , la faim. Aucun pathos,une grande attitude de responsabilité vis à vis de ses hommes .Un grand auteur italien.