Ce pays qui aime les idées: Histoire d’une passion française. Sudhir Hazareesingh

Les Français, tout au moins certains, aiment inventer des concepts universels :socialisme, existentialisme,structuralisme,déconstruction.Ce livre,écrit par un universitaire d’Oxford, d’origine mauricienne,décrit l’histoire d’une passion française de manière très lisible.On découvre un XIXème siècle méconnu,sur les utopies et le républicanisme, puis beaucoup de ces intellectuels plus récents: Sartre, Levy Strauss, Aron, Foucault,De Gaulle,etc….Le sentiment de déclinisme actuelle est analysé, que l’auteur attribue au souvenir de la défaite de 1940 et à la peur de non intégration des immigrés. Sentiment en contraste avec le plaisir de vivre et l’attachement à notre culture.Ce livre semble écrit par un français et montre une fois de plus que ce sont peut-être les britanniques avec les italiennes qui nous comprennent le mieux. J’ai eu beaucoup de plaisir à lire ce livre, qui m’a un peu plus éclairé sur ce qui fait que je suis français.

Le Flambeur de la Caspienne – Jean Christophe Ruffin

Un polar diplomatique.Aurel, vice-consul, à peine arrivé à Bakou pour prendre son poste, se voit prié de repartir par son ambassadeur. Mais le voila embringué dans une enquête sur un assassinat.Personnage sympathique que ce vice-consul , parfois dépassé par les femmes .Un récit rondement mené entre microcosme d’une ambassade française et une société corrompue.

Plus haut que la mer – Francesca Melandri

Un père visite son fils , une mère visite son mari dans une prison de Haute Sécurité sur une île en Italie. Suite à une tempête , ils resteront bloqués une journée sur l’île. Francesca Mélandri a écrit là un court roman dans l’ambiance des années de plomb (*). Après Eva Dort sur l’histoire complexe de la province germanophone du Haut Aldige et avant Tous sauf moi sur la conquête coloniale de l’Abyssinie par l’Italie mussolinienne, elle poursuit avec ce roman historique les moments difficiles de l’histoire italienne.Très belle ambiance et description émouvante des protagonistes et du milieu des gardiens de prison, la fin reste néanmoins un peu faible. A lire.

(*)Les années de plomb suivant Wikipedia : »De 1968 à 1982, une partie de la gauche « extraparlementaire », convaincue des vertus de la violence politique et persuadée de l’existence d’une menace de coup d’État, multiplie les attentats, les enlèvements, les demandes de rançon et les vols à main armée, tandis que l’ultra-droite mène sa propre campagne de terreur en brouillant les pistes pour en faire endosser la responsabilité à ses adversaires. »

Histoire de la Corse – Roberto Colonna d’Istria

Tour Génoise

Comme sa grande soeur, la Sicile, la Corse a été envahie tout au long de son histoire. Désunis entre familles et clans, les Corses, peuple paysan et éleveur et pas commerçant,se sont parfois donnés des dirigeants hauts en couleur. jusqu’au milieu du 18ème siècle territoire de Gênes , qui ne visait qu’à protéger ses voies maritimes, sans jamais la développer,elle a fini par devenir française.Cette histoire nous apporte à la fin quelques infos clés sur l’esprit corse, schizophrène entre fidélité à son clan/famille et rationnalité française. A lire.

Covid-19.Anatomie d’une crise sanitaire- Jean-Dominique Michel

Livre de l’anthropologue suisse des pratiques de santé, qui reprend le fameux article de son blog du 18 mars « Covid 19: fin de partie » où il contestait l’intérêt du confinement total pour cette épidémie qu’il ne juge pas pire qu’une épidémie de grippe, tout en disant que le virus est meurtrier pour les personnes à risque ( un exemple d’argumentation sinueuse) . Beaucoup d’informations dans cet ouvrage vite écrit et un peu touffu.

Il rappelle le manque de connaissance face à ce virus:1/ le taux de létalité surestimé ,faute de dépistage suffisant de la population,et connu seulement mi avril ( 0,2%), 2/ l’ignorance des paramètres du virus qui se révèle plus contagieux que les précédents (R0 de 5,6 au lieu de 2, 3/ la durée de contagiosité de 20 à 40 j et non 5 à 7 jours, 4/ distance interpersonnelle de contagion de 4 m et non 2 mètres

A partir de là, des projections de simulations alarmistes ( 500000 morts) ont conduit les gouvernements latins à des confinements sévères, dont il pense que ce n’était pas la solution , même s’il la respecte.

Il liste 11 recommendations pour une gestion efficace de la crise ( dont médecine préventive pour réduire le nombre de personnes à risque,dépistage, traçage, confinement des personnes à risques,…) dont on peut dire que 4 ou 5 au maximum ont été appliquées. Rappelle que les cas graves restent le point noir ( personnes agées et surtout avec maladies chroniques qui auraient nécéssité de la médecine préventive pour rétablir leur système immunitaire ).

Défend la démarche du Pr Raoult sur l’hydroxychloroquine:utilisé à 600mg par jour ( toxique à lus de 2g/j et électroencéphalogramme de suivi,le médicament aurait l’avantage de réduire la durée de portage viral de 12 à 4 jours ), mais s’il reconnait que l’efficacité n’est pas assurée . Dit qu’il a une démarche de médecin, plus que de scientifique: appliquer ce qui marche en situation épidémique .Dénonce les intégristes de la méthodologie, inutiles en situation d’urgence. Se pose la question du mode de communication du Pr Raoult, mais se révèle peu exigeant vis à vis de lui sur la rigueur de ses essais .A été atteint du Covid et l’a résorbé après 3 jours avec l’hydroxychloroquine et l’azithromycine

Pour revenir au confinement, fait une comparaison (très succinte) entre les approches en Corée, Hong Kong, Allemagne et Italie.Le point faible du livre est de ne pas s’interroger si le gouvernement pouvait décider si un non confinement était possible avec les moyens dont disposaient le pays ( lits de réanimation, absence de mise au point de tests pour ce virus , organisation centralisée ou décentralisée du pays , acceptabilité du traçage et du confinement sélectif ? etc…) et surtout une réflexion comment monter un système de santé capable d’encaisser ce genre de choc. Ne rappelle pas que le gouvernement avait la quadrature du cercle à résoudre pour agir : faire peur sans faire peur . Un élément de réponse interessant est la médecine préventive.

Sur sa vidéo You Tube, le personnage utilise un vocabulaire polémique qui fait penser au populisme , en n’étayant pas ses dénonciations.Un côté donneur de leçon.Je me dis que peut être l’épidémie n’était peut être pas si grave, mais elle demandait une excellence dans le plan sanitaire et dans son éxécution que la plupart des pays n’avaient pas. A lire donc avec un esprit critique.

Le Léopard des Neiges – Peter Matthiessen

Le récit d’un trek dans les années 70 dans le Dolpo, au Népal,pour observer le bharal, grand mouflon bleu d’Himalaya et le léopard des neige. Jour après jour, le récit se déroule avec le mauvais temps , le froid et la difficulté avec les porteurs. Ce livre décrit la progression des 2 protagonistes, Peter et GS , alternant avec des considérations plus profondes sur l’expérience de méditation de l’auteur, sur son égo…. .On entre peu à peu dans sa lecture et j’ai beaucoup apprécié cet ouvrage, bien écrit, entre aventure spirituelle et observation de la nature (plantes et animaux). Plus dense et mieux écrit que le dernier ouvrage homonyme de Sylvain Tesson.A lire.

Au Maroc – Pierre Loti

Je continue la lecture des récits de voyage de cet officier de marine-écrivain. Cette fois-ci , il accompagne une ambassade à Fez dans les années 1890, dans un Maroc encore très « médiéval ». La description du voyage entre Tanger et Fez , puis le séjour dans la vieille ville de Fez est un modèle du genre. Il y a quelques longueurs , mais tout comme Loti a quitté sa délégation pour habiter dans la ville arabe et sur les toits, l’immersion du lecteur dans le coeur de Fez est totale. »Là-haut sur ma maison,c’est le même enchantement chaque soir: la ville tout en or jaune et rose,les plus proches terrasses séparées de moi par une insaisissable vapeur bleuâtre , et les terrasses lointaines ,les milliers de carrés de pierre, en teintes irisées qui se dégradent , dévalant sur les collines jusqu’à la ceinture des remparts et des jardins verts. »Seul le matin,de bonne heure, vêtu en arabe, et à pied,je m’en vais au bazar , acheter de l’eau de rose et du bois odorant des indes, afin de parfumer la maison, comme il est d’usage » .  » Là en général,quand je parais ,les petits murs alentours se garnissent de têtes de femmes, toujours oisives et curieuses d’examiner le voisin d’une espèce rare que je suis pour elles. Les airs de la sauvagerie des premiers jours,ont disparu très vite:ce qui serait une énormité d’imprudence coupable pour un musulman,semble sans danger avec moi , qui ne le dirais à personne et qui d’ailleurs vais repartir bientôt , si loin, si loin pour mon pays fantastique. »

Sapiens contre Sapiens – Pascal Picq

Toujours intéressant de lire un paléoanthropologue qui retrace l’histoire de l’humanité depuis les premiers hommes:les apports de la paléogénétique; nous venons d’Afrique; des 5 grandes types d’humanidés, toutes ont disparues sauf Sapiens; les hypothèses de peuplement du monde avec ses resistances idéologiques. La conclusion variée et sans thèse accrocheuse interroge le futur : risque d’effrondrement démographique,le succès d’une espèce crée les conditions de son déclin,les principales menaces sont d’origine humaine . Sapiens se retrouve face à lui-même, Sapiens.