Le parlement des invisibles – Pierre Rosanvallon

après avoir exploré la démocratie vue du haut, Pierre Rosanvallon relate son initiative  » Raconter la Vie » puis Raconter le travail » : faire que les gens parlent de leur vie et de leur travail . le résultat: 25 petits livres publiés sur des mondes aussi différents que l’ouvrier, le prêteur sur gages, le jeune juge,les esthéticiennes,le business dans la cité.

Un début d’élément de réponse que nous avons eu avec Patrick il y a peu sur la démocratie au quotidien.Je vais charger quelques documents pour me faire une idée.

Chacun peut raconter son récit :http://www.raconterletravail.fr/

Eva Dort – Francesca Melandri

le premier roman de celle qui a écrit « Tous sauf moi », ce roman d’un éthiopien qui débarque voir sa tante , blanche , un jour à Rome. Dans celui-ci, c’est l’histoire d’une italienne de langue allemande du Süd Tyrol et sea fille Eva sur fond de l’histoire politique de cette province annexée suite à la première guerre mondiale.Avec son frère qui commet des attentats dans les années soixante pour faire reconnaitre la langue allemande dans les administrations italiennes de la province, son amant qui est un carabinier atypique venant de la Calabre. Cela se lit très facilement et m’a captivé hier pour le finir.

pour la petite histoire, ce livre m’a été conseillé par ma professeure d’italien. Cette grande vallée de l’Adige, c’est là où j’avais organisé avec le CAF un séjour de ski de rando la semaine dernière. Belle compensation en ces temps de confinement.

Les Indes ( sans les anglais)- Pierre Loti

En 1900, l’officier de marine Pierre Loti , visite les Indes.De l’Inde du sud ( Kerala et Madras) au Gujarat et Bénarès. Un regard de voyageur avant le tourisme, très conscient de son incapacité à pénétrer les Indes. Désuet, cet orientalisme, mais quelques descriptions sont fascinantes (visite de palais en souterrain ou baignade des femmes dans le Gange) ou terribles ( la faim dans le centre de l’Inde)

Bénarès

Les saisons de Giacomo – Mario Rigoni Stern

Grand auteur italien, Mario Stern est originaire d’Asagio, plateau au-dessus de Vicence.Ce récit relate la jeunesse de Giacomo jusqu’à son départ à l’armée en 1940. Les thèmes de l’enfance, de la nature dans la montagne, dans une montagne dévastée 20 ans par la guerre de 14 contre les Autrichiens,l’émigration,l’arrivée de la 2ème guerre mondiale. Quelques truculentes pages sur l’époque mussolinienne , où le pouvoir veut interdire les taureaux de race tarine et remplacer par une autre race: manifestations d’hommes , de femmes, recul des autorités,procès….Livre avec une écriture concrète et vivante.Merci à Monique Viguié qui m’a prêté ce livre.

Il ragazzo selvatico ( le garçon sauvage) – Paolo Cognetti

chronique d’un homme qui s’est retiré en montagne dans un chalet dans une haute vallée d’Aoste, entre le Walden de David Thoreau et Sylvain Tesson, au bord du lac Baikal, mais c’est beaucoup plus concret avec une description de la nature et de son effet sur le personnage.Je lis en italien dans le cadre de mon cours d’italien. Les premières 80 pages ont été difficiles pour moi pour le déchiffrer, mais plus ça avance et plus c’est facile. Un vrai bonheur pour apprendre le vocabulaire de la montagne en italien.Par l’auteur des 8 montagnes.

Le siècle des populismes – Pierre Rosanvallon

Son auteur est passé à la librairie du Square le jeudi 13/2.Historien et théoricien de la démocratie, Pierre Rosanvallon fait dans ce livre un travail de clairification sur ce sujet du populisme. Je vous livre d’abord mes notes suite à cette soirée, ensuite d’autres points que j’ai trouvé intéressants.

Le populisme se caractérise par 4 points de doctrine:

-la société se structure en une opposition entre le peuple ( 99%) et les élites (1%)

-la démocratie représentative est une démocratie dominée par les minorités : donc il faut éliminer les autorités qui les défendent ( cour de justice, presse) pour rétablir le pouvoir de la majorité

-il faut recourir majoritairement au référendum pour rétablir la volonté populaire

-un déclin de la volonté politique due à la globalisation ( prone le national-protectionnisme)

Le populisme décrit peut être de gauche ou de droite (aussi bien en Amérique qu’en Europe)

Face à cela, P Rosanvallon rappelle que la souveraineté du peuple se divise en 3:1/celle de la majorité ,2/ la souveraineté de chacun ( =les droits de l’homme),3/ ce qu’il appelle » la souveraineté de personne » ( les institutions, les autorités indépendantes, les statuts de fonctionnaire qui réprésentent l’Etat).

Autre élément : la critique qu’il fait du référendum systématique:

  • le référendum conduit très majoritairement à une décision irréversible ( ex: le Brexit) car le peuple est irresponsable et ne peut être renversé contrairement à un gouvernement
  • le référendum pose des problèmes d’application, sauf en cas de question simple: exemple du Brexit ou sur les étrangers en Suisse ( contradiction avec les lois ou les engagements internationaux
  • surtout, il ne permet pas la délibération. A ce sujet, Rosanvallon rappelle que les représentants des citoyens ne sont pas que des intermédiaires , mais sont là pour permettre cette délibération et conduire une politique dans la durée.

Tous ces points ne signifient pas que Rosanvallon se satisfasse des institutions actuelles.Pour lui la démocratie est un chantier d’expérimentation inabouti, tiraillé entre 3 démocraties types ( la minimale= en gros la démocratie libérale américaine, l’essentialiste = où tout est politique et unique=système communsite, la popularisée= le populisme ( un peuple,et,un chef= l’homme-peuple).Pour progresser, il pousse à une démocratie plus interactive pour mieux réprésenter une société de plus en plus complexe ( plus de classe, chacun veut s’affirmer) avec en partie plus d’initiatives dans le système politique pour rajeunir et rendre plus efficaces les pétitions, les manifestations ou RIC.

En conclusion , un livre éclairant pour ceux qui souhaitent mieux comprendre les tensions de nos systèmes politiques. Une réserve: l’auteur a une tendance à intellectualiser des concepts par des mots complexes (  » la souveraineté de personne, » par exemple)

De Gaulle,une certaine idée de la France – biographie de Julian Jackson

un gros livre de plus de 800 pages où j’ai retrouvé un De Gaulle dont j’ai entendu parler pendant mon enfance de 1965 à 1970. Après deux biographies par des Français : Jean Lacouture et Eric Roussel, voici celle d’un britannique, précise, ni louangeuse ni critique , malgré le fil à retordre qu’a donné De Gaulle aux britanniques pendant la guerre et bien après.Quelques points ont retenu mon attention:

son niveau intellectuel, où l’on retrouve l’influence de son père , professeur,qu’il admirait. Une grande capacité d’écoute relevé par de nombreux interlocuteurs.

son quartier de Paris, le 7ème arrondissement, arrondissement austère et militaire. Peut-être à l’origine de son désinteressement profond

son pragmatisme entre 58 et 62 pour l’affaire algérienne: il ne savait pas où il allait. Son « je vous ai compris » voulait peut être dire « je ne sais pas quoi faire »

le fil à retordre qu’il a donné aux Anglo Saxons, sachant toujours reculer avant la rupture. L’inflexibilité, arme des faibles pour être reconnu.

ses périodes de mélancolie dépressive.L’épisode en 68 avec Massu , lorsqu’il ne maitrisait plus du tout la situation en est un des exemples.

Un fin politique qui a supplanté facilement Giraud, s’est fait rappelé au pouvoir en 58 par un travail de fond.

le rôle de Jacques Foccard, personnage effacé mais efficace sous main dans ce qu’on a appelé la Francafrique.

le positionnement de sa femme, catholique conservatrice , ayant souhaité qu’il quitte en 1965 le pouvoir. A juste raison sans doute.

Personnage du siècle dernier , suranné de nos jours, peu démocrate,encore estimé des français , nostalgiques des années 60. A lire pour ceux qui aiment l’histoire bien sûr.

29/2/20