Kolkhoze- Emmanuel Carrère

surprenant ce titre, donc on sait que sa mère , Hélène Carrère d’Encausse était profondément anticommuniste.Et justement Faire Kolkhoze, c’était pour elle se retrouver en famille resserrée. Sa mère,forte personnalité, est justement au centre de cet ouvrage qui raconte l’histoire de sa famille, venue de Georgie et de l’empire russe pour sa mère.Le père bordelais, cadre supérieur d’une société d’assurance est beaucoup plus en retrait , voir éloigné dans une petite chambre de la maison. Un ensemble de personnages truculents y est décrit. Vaste fresque familiale qui va de la révolution bolchévique jusqu’à la guerre en Ukraine où l’auteur se rend, de l’arrivée en France de sa mère jusqu’à sa fin ,courte dans un lieu pour fin de vie . J’ai trouvé plaisir à lire ce roman , très bien écrit.

La vertu dangereuse- Julia de Funès

Dans ce livre, résumé de chroniques écrites pour un journal, Julia de Funès traite de tous les thèmes contemporains dans l’entreprise : par exemple l’intelligence collective,la bienveillance,la transversalité,le consentement, l’écriture inclusive,la pensée positive, les moments fédérateurs….. Après en avoir décrit les avantages escomptés, elle en dénonce les dérives possible. Exemple pour la bienveillance où celle-ci peut conduire à refuser la confrontation des idées pour atteindre la vérité et donc rester au stade de l’opinion de chacun.

Le texte est inégal, manquant parfois de fond mais inclut des moments inspirants. A vous de voir.

Loin de chez moi- Maryse Burgot

Grand Reporter à France 2, elle nous explique son origine (parents agriculteurs d’Ille-et-Vilaine), sa prise d’otage aux Philippines , ses missions sur les lieux de guerre. Elle raconte ses allers et retours entre chez elle , ses relations de proximité avec ses 2 fils , son envie de repartir sans se sentir comme une baroudeuse. C’est écrit simplement. J’ai eu envie de lire ce livre,l’ayant écouté au festival De l’Ecrit à l’Ecran de Montélimar.

L’affaire de la rue Transnonain- Jerome Chantreau

« On ne tue pas le peuple dans son lit » . Paris 14 avril 1834.Dans le cadre d’une manifestation des Parisiens, un officier est tué dans la rue Transnonain.La fureur des soldats conduit au massacre des habitants d’un immeuble du 12 de cette rue.Une fille des rues est portée disparue, un policier est lancée pour la retrouver et comprendre d’où est parti le coup de feu. L’auteur plonge dans le passé des victimes et c’est absolument très prenant. A lire.

Ca ira Fin de Louis- Joël Pommerat

Juin 1789. Le Tiers-Etat va se déclarer Assemblée Nationale. Le texte imagine les débats politiques au sein du Tiers Etat, les échanges des députés avec le roi, la reine et ses ministres, les échanges des députés avec la rue, le radicalisme et la violence qui s’installe. Quelques anachronismes: homme parlan au micro, roi appelant le pape rendent la scène plus moderne. Mieux qu’un livre d’histoire, cette pièce immerge dans le contexte révolutionnaire le débat entre peuple, pouvoir légilatif et pouvoir éxécutif. Pièce de théatre de l’écrivain metteur en scène Joël Pommerat. Passionnant.

Le Chant du prophète- Paul Lynch

L’action se déroule en Irlande dans un futur indéterminé.L’Alliance Nationale arrive au pouvoir dans le pays, donne de larges pouvoirs à la police et crée une police secrète.Eilish et Larry Stack composent une famille avec 4 enfants. Suite à une manifestation, Larry, enseignant et syndicaliste, se voit convoqué par la police et finalement disparait. Le temps passe, Eilish n’a plus de nouvelles;le sentiment d’inquiétude s’installe : son fils ainé, disparait également, ayant rejoint la résistance.Une guerre civile s’installe et Eilish va chercher à défendre sa famille jusqu’au bout, malgré l’appel de sa soeur au Canada qui lui recommande d’émigrer.

Le style est haletant,les phrases incluant les dialogues, les phrases retracent plus la conscience du personnage que la rationalité des faits.Vous avez compris que le climat était pesant voire angoissant, mais permet d’apprécier la valeur des libertés démocratiques et l’importance de les maintenir.

A obtenu le Booker Prize en 2024 ( 1er prix littéraire en Grande-Bretagne)

Le café sans nom- Robert Seethaler

Vienne 1966. Robert , employé dans un marché,décide de relancer un café de quartier. Mila viendra l’aider. Ce roman ou ces récits relatent cette vie ordinaire dans ce quartier populaire de la Vienne d’après-guerre.Les personnages sont attachants, leurs trajectoires de vies sont chahutées et tout ce petit monde se retrouve dans le café sous la plume de l’auteur.

Pédagogie de la Résonance- Harmut Rosa

Au travers d’un livre d’entretiens, le philosophe-sociologue Harmut Rosa, spécialiste de l’accélération du temps dans nos vies et de ses impacts sur notre rapport au monde, explique comment il en est venu au concept de résonance, comme élément essentiel d’un rapport au monde authentique. Dans cet ouvrage, il développe l’aspect pédagogique,c’est-à-dire comment faire à l’école pour que s’instaure cette résonance entre maître, élève et …savoir enseigné.Plus concrètement, pour faire que « la classe crépite », autrement dit que ce triangle de résonance s’initie pour une réelle appropriation.A défaut, ce sera un triangle de répulsion. Il y développe quelques notions qui facilitent la compréhension du chemin à faire vers cette résonance pour le pédagogue. Livre inspirant.

Va où la rivière te porte- Shelley Read

L’action se passe dans le Colorado à la fin des années 40. Victoria, 17 ans , s’occupe avec son père de ses verges de pêchers.Survient Moon , un jeune amérindien, dont elle va tomber amoureuse. Cette relation impossible pour cause de préjugés va la conduire à fuir…. dans la nature.La nature tient une grande place, les thèmes sont variés ,l’histoire de cette femme se déroule sur plus de 20 ans. Un premier roman américain que j’ai lu avec plaisir.

Un extrait « Les montagnes étaient là, éternelles, comme un souffle, et la rivière, un fil d’argent tissé au cœur de la terre, dévalait la vallée avec une telle urgence que l’air autour semblait vibrer. Victoria n’avait pas besoin de regarder pour savoir que la rivière bouillonnait sous le vent frais du matin, dévalant les rochers polis, se faufilant entre les arbres dont les racines s’enfonçaient profondément dans la terre. La terre, l’eau et les arbres étaient là, immobiles et pourtant si vivants, comme un battement de cœur indéfinissable. »

Vous avez dit conservateur? – Laetitia Strauch-Bonnard

Un essai de philosophie politique, facile à lire, de qualité variable mais qui a le mérite d’éclairer la notion de conservatisme, peu connue car mal perçue.

L’auteur explore d’abord le conservatisme britannique (tory), qui est une tradition intellectuelle claire et revendiquée depuis Hobbes, Locke et la première révolution anglaise. Le conservatisme est le souhait de la transmission de la culture et des traditions d’une nation. Le conservateur souhaite inverser la charge de la preuve en face d’une réforme avant de la décider :ceux qui veulent changer doivent prouver qu’elle est efficace.

Donc,ancré dans le réel de la société, le conservatisme est une opposition au progressisme, dont il dénonce les idéaux abstraits plaqués sur une société.

Selon l’auteur,nos hommes politiques préferrent parler de changement et d’éfficacité que de conservatisme. Autrement dit,en France, les conservateurs préferrent prendre les habits du progressisme plutôt que d’assumer leur conservatisme et le défendre. L’auteur éclaire les raisons: la tradition de la Révolution Française, la crainte d’être perçu comme rétrograde ou antidémocratique,voire réactionnaire (aspiration à revenir à une situation antérieure idéalisée), absence de tradition intellectuelle,une image antidémocratique,rétrograde associée à l’extrême-droite.

En conclusion, quels que soient les avis de chacun, le livre est éclairant et stimulant sur 3 plans: il aide à mieux comprendre les différences de fond à droite entre Angleterre et France et encourage à approfondir. Il permet un regard décalé en sortant de notre hexagone. Enfin , il permet aussi de réfléchir entre changement ou conservation en face d’une situation.