L’affaire de la rue Transnonain- Jerome Chantreau

« On ne tue pas le peuple dans son lit » . Paris 14 avril 1834.Dans le cadre d’une manifestation des Parisiens, un officier est tué dans la rue Transnonain.La fureur des soldats conduit au massacre des habitants d’un immeuble du 12 de cette rue.Une fille des rues est portée disparue, un policier est lancée pour la retrouver et comprendre d’où est parti le coup de feu. L’auteur plonge dans le passé des victimes et c’est absolument très prenant. A lire.

Ca ira Fin de Louis- Joël Pommerat

Juin 1789. Le Tiers-Etat va se déclarer Assemblée Nationale. Le texte imagine les débats politiques au sein du Tiers Etat, les échanges des députés avec le roi, la reine et ses ministres, les échanges des députés avec la rue, le radicalisme et la violence qui s’installe. Quelques anachronismes: homme parlan au micro, roi appelant le pape rendent la scène plus moderne. Mieux qu’un livre d’histoire, cette pièce immerge dans le contexte révolutionnaire le débat entre peuple, pouvoir légilatif et pouvoir éxécutif. Pièce de théatre de l’écrivain metteur en scène Joël Pommerat. Passionnant.

Le Chant du prophète- Paul Lynch

L’action se déroule en Irlande dans un futur indéterminé.L’Alliance Nationale arrive au pouvoir dans le pays, donne de larges pouvoirs à la police et crée une police secrète.Eilish et Larry Stack composent une famille avec 4 enfants. Suite à une manifestation, Larry, enseignant et syndicaliste, se voit convoqué par la police et finalement disparait. Le temps passe, Eilish n’a plus de nouvelles;le sentiment d’inquiétude s’installe : son fils ainé, disparait également, ayant rejoint la résistance.Une guerre civile s’installe et Eilish va chercher à défendre sa famille jusqu’au bout, malgré l’appel de sa soeur au Canada qui lui recommande d’émigrer.

Le style est haletant,les phrases incluant les dialogues, les phrases retracent plus la conscience du personnage que la rationalité des faits.Vous avez compris que le climat était pesant voire angoissant, mais permet d’apprécier la valeur des libertés démocratiques et l’importance de les maintenir.

A obtenu le Booker Prize en 2024 ( 1er prix littéraire en Grande-Bretagne)

Le café sans nom- Robert Seethaler

Vienne 1966. Robert , employé dans un marché,décide de relancer un café de quartier. Mila viendra l’aider. Ce roman ou ces récits relatent cette vie ordinaire dans ce quartier populaire de la Vienne d’après-guerre.Les personnages sont attachants, leurs trajectoires de vies sont chahutées et tout ce petit monde se retrouve dans le café sous la plume de l’auteur.

Pédagogie de la Résonance- Harmut Rosa

Au travers d’un livre d’entretiens, le philosophe-sociologue Harmut Rosa, spécialiste de l’accélération du temps dans nos vies et de ses impacts sur notre rapport au monde, explique comment il en est venu au concept de résonance, comme élément essentiel d’un rapport au monde authentique. Dans cet ouvrage, il développe l’aspect pédagogique,c’est-à-dire comment faire à l’école pour que s’instaure cette résonance entre maître, élève et …savoir enseigné.Plus concrètement, pour faire que « la classe crépite », autrement dit que ce triangle de résonance s’initie pour une réelle appropriation.A défaut, ce sera un triangle de répulsion. Il y développe quelques notions qui facilitent la compréhension du chemin à faire vers cette résonance pour le pédagogue. Livre inspirant.

Va où la rivière te porte- Shelley Read

L’action se passe dans le Colorado à la fin des années 40. Victoria, 17 ans , s’occupe avec son père de ses verges de pêchers.Survient Moon , un jeune amérindien, dont elle va tomber amoureuse. Cette relation impossible pour cause de préjugés va la conduire à fuir…. dans la nature.La nature tient une grande place, les thèmes sont variés ,l’histoire de cette femme se déroule sur plus de 20 ans. Un premier roman américain que j’ai lu avec plaisir.

Un extrait « Les montagnes étaient là, éternelles, comme un souffle, et la rivière, un fil d’argent tissé au cœur de la terre, dévalait la vallée avec une telle urgence que l’air autour semblait vibrer. Victoria n’avait pas besoin de regarder pour savoir que la rivière bouillonnait sous le vent frais du matin, dévalant les rochers polis, se faufilant entre les arbres dont les racines s’enfonçaient profondément dans la terre. La terre, l’eau et les arbres étaient là, immobiles et pourtant si vivants, comme un battement de cœur indéfinissable. »

Vous avez dit conservateur? – Laetitia Strauch-Bonnard

Un essai de philosophie politique, facile à lire, de qualité variable mais qui a le mérite d’éclairer la notion de conservatisme, peu connue car mal perçue.

L’auteur explore d’abord le conservatisme britannique (tory), qui est une tradition intellectuelle claire et revendiquée depuis Hobbes, Locke et la première révolution anglaise. Le conservatisme est le souhait de la transmission de la culture et des traditions d’une nation. Le conservateur souhaite inverser la charge de la preuve en face d’une réforme avant de la décider :ceux qui veulent changer doivent prouver qu’elle est efficace.

Donc,ancré dans le réel de la société, le conservatisme est une opposition au progressisme, dont il dénonce les idéaux abstraits plaqués sur une société.

Selon l’auteur,nos hommes politiques préferrent parler de changement et d’éfficacité que de conservatisme. Autrement dit,en France, les conservateurs préferrent prendre les habits du progressisme plutôt que d’assumer leur conservatisme et le défendre. L’auteur éclaire les raisons: la tradition de la Révolution Française, la crainte d’être perçu comme rétrograde ou antidémocratique,voire réactionnaire (aspiration à revenir à une situation antérieure idéalisée), absence de tradition intellectuelle,une image antidémocratique,rétrograde associée à l’extrême-droite.

En conclusion, quels que soient les avis de chacun, le livre est éclairant et stimulant sur 3 plans: il aide à mieux comprendre les différences de fond à droite entre Angleterre et France et encourage à approfondir. Il permet un regard décalé en sortant de notre hexagone. Enfin , il permet aussi de réfléchir entre changement ou conservation en face d’une situation.

Vivre avec les hommes : réflexion sur le procès Mazan – Manon Garcia

Dans cet ouvrage, Manon Garcia, philosophe féministe, mêle comptes rendus d’audience, réflexions philosophiques et introspection personnelle. Même si les comptes rendus d’audience apporte des faits marquants sur l’attitude des accusés y compris l’organisateur de ces viols, la détermination précise des peines,l’attitude des avocats de la défense, la honte de certains proches des accusés. Le plus intéressant concerne ses réflexions sur le sentiment de vulnérabilité des femmes, face à ces violences masculines souvent minimisées ou excusées, d’où le titre Vivre avec les hommes.

La vie secrète des arbres-Peter Wohlleben

L’auteur est un forestier allemand et ce livre est une immersion dans une forêt. La vie d’arbre , ce n’est pas simple. Quand on est grand , on est attaqué par pas mal d’intrus: des champignons, des mousses, des pics-verts et j’en passe. Quand on est petit, on a quelque difficultés à faire sa place au soleil, pour avoir suffisamment de photosynthèse pour se développer. Les arbres vivent en communauté,communiquent entre eux via les racines et les champignons, et aussi par des signaux chimiques. Ils se préviennent en cas d’attaque par des insectes. Leur rythme est d’une lenteur extrême par rapport à notre rythme.Après sa lecture, le regard vers la forêt est un peu changé.

« Un arbre n’est pas un solitaire. Il fait partie d’un réseau. Un arbre isolé meurt prématurément, alors qu’en forêt, entouré de ses congénères, il peut vivre des siècles. Les arbres prennent soin les uns des autres, ils ont besoin de leurs voisins, comme nous. »

Les Brisants – Vanessa Bramberger

De passage à la bibliothèque, j’ai repéré un livre avec en couverture une photo d’une petite ile, de mon enfance en Bretagne. Il fallait que je le lise .L’action se situe entre Carantec, Roscoff et l’Ile de Batz.Les Brisants de Vanessa Bamberger suit Marion, restauratrice de tableaux, dont la vie est marquée par la disparition non résolue de son frère Léo lors d’une colonie de vacances sur l’île de Batz vingt ans plus tôt. Entre une relation complexe avec sa mère Édith, rongée par le chagrin et la culpabilité, et un passé familial opaque, Marion décide de retourner sur l’île bretonne pour percer le mystère entourant la mort de Léo. Sur place, elle rencontre Paul, un biologiste marin spécialiste des algues, avec qui elle entame une relation amoureuse tout en confrontant les non-dits familiaux et les secrets des habitants. L’enquête révèle progressivement les facettes troubles de Léo, loin de l’image idéalisée transmise par sa mère, et interroge les silences qui ont figé les relations

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L’auteur mêle habilement les genres : le roman familial, le thriller psychologique et une forme de mélodrame subtil évitant les écueils du pathos. L’écriture, fluide et sensorielle, s’appuie sur des métaphores naturelles — les algues, les rochers, les courants — pour refléter les tensions intérieures des personnages. L’île de Batz, décrite avec une précision quasi anthropologique, devient un personnage à part entière, symbolisant à la fois l’enfermement et la possibilité de renaissance.

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La romancière excelle dans la peinture des émotions contenues, notamment à travers le personnage d’Édith, dont l’angoisse possessive est rendue avec une justesse psychologique remarquable. .