Vivre avec les hommes : réflexion sur le procès Mazan – Manon Garcia

Dans cet ouvrage, Manon Garcia, philosophe féministe, mêle comptes rendus d’audience, réflexions philosophiques et introspection personnelle. Même si les comptes rendus d’audience apporte des faits marquants sur l’attitude des accusés y compris l’organisateur de ces viols, la détermination précise des peines,l’attitude des avocats de la défense, la honte de certains proches des accusés. Le plus intéressant concerne ses réflexions sur le sentiment de vulnérabilité des femmes, face à ces violences masculines souvent minimisées ou excusées, d’où le titre Vivre avec les hommes.

La vie secrète des arbres-Peter Wohlleben

L’auteur est un forestier allemand et ce livre est une immersion dans une forêt. La vie d’arbre , ce n’est pas simple. Quand on est grand , on est attaqué par pas mal d’intrus: des champignons, des mousses, des pics-verts et j’en passe. Quand on est petit, on a quelque difficultés à faire sa place au soleil, pour avoir suffisamment de photosynthèse pour se développer. Les arbres vivent en communauté,communiquent entre eux via les racines et les champignons, et aussi par des signaux chimiques. Ils se préviennent en cas d’attaque par des insectes. Leur rythme est d’une lenteur extrême par rapport à notre rythme.Après sa lecture, le regard vers la forêt est un peu changé.

« Un arbre n’est pas un solitaire. Il fait partie d’un réseau. Un arbre isolé meurt prématurément, alors qu’en forêt, entouré de ses congénères, il peut vivre des siècles. Les arbres prennent soin les uns des autres, ils ont besoin de leurs voisins, comme nous. »

Les Brisants – Vanessa Bramberger

De passage à la bibliothèque, j’ai repéré un livre avec en couverture une photo d’une petite ile, de mon enfance en Bretagne. Il fallait que je le lise .L’action se situe entre Carantec, Roscoff et l’Ile de Batz.Les Brisants de Vanessa Bamberger suit Marion, restauratrice de tableaux, dont la vie est marquée par la disparition non résolue de son frère Léo lors d’une colonie de vacances sur l’île de Batz vingt ans plus tôt. Entre une relation complexe avec sa mère Édith, rongée par le chagrin et la culpabilité, et un passé familial opaque, Marion décide de retourner sur l’île bretonne pour percer le mystère entourant la mort de Léo. Sur place, elle rencontre Paul, un biologiste marin spécialiste des algues, avec qui elle entame une relation amoureuse tout en confrontant les non-dits familiaux et les secrets des habitants. L’enquête révèle progressivement les facettes troubles de Léo, loin de l’image idéalisée transmise par sa mère, et interroge les silences qui ont figé les relations

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L’auteur mêle habilement les genres : le roman familial, le thriller psychologique et une forme de mélodrame subtil évitant les écueils du pathos. L’écriture, fluide et sensorielle, s’appuie sur des métaphores naturelles — les algues, les rochers, les courants — pour refléter les tensions intérieures des personnages. L’île de Batz, décrite avec une précision quasi anthropologique, devient un personnage à part entière, symbolisant à la fois l’enfermement et la possibilité de renaissance.

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La romancière excelle dans la peinture des émotions contenues, notamment à travers le personnage d’Édith, dont l’angoisse possessive est rendue avec une justesse psychologique remarquable. .

Cessez d’être gentils, soyez vrais -Thomas d’Assembourg

Un livre conseillé par Patrick. Il décrit l’approche de la CNV , la Communication Non Violente avec les 4 étapes OSBD. C’est concret avec des exemples, un excellent complément au livre du fondateur , Marshall Rosenberg, »les mots sont des fenêtres ».Bien utile dans certaines situations,mais de la compréhension à sa pratique, il y a du chemin à parcourir.Une petite astuce: quand on (peut exprimer son émotion, l’avantage est que l’interlocuteur ne peut la contester, Bonne lecture.

Observation (O) : décrire la situation sans juger

Sentiment (S) : exprimer les sentiments et attitudes suscités dans cette situation en employant le « je »

Besoin (B) : identifier et exprimer les besoins (un besoin insatisfait = émotion désagréable) ,

Demande (D) : faire une demande respectant les critères suivants : réalisable, concrète, précise et formulée positivement. Si cela est possible, que l’action soit faisable dans l’instant présent.

Le garçon incassable – Françoise Seyvos

Surprenant roman qui retrace , en parallèle, d’Henri ,enfant spécial , depuis sa naissance difficile et l’histoire de Buster Keaton, enfant de la balle cabriolant et chutant sa blessure. Henri, malgré son handicap et la volonté de son père de le re(dresser) vit sa vie en silence dans son monde, en résilience. A chaque reproche, » je ferai mieux la prochaine fois ». C’est aussi un peu le cas de Buster Keaton,acteur au visage impassible, avec son père, puis ses producteurs qui ne lui permettront pas de survivre au parlant.Mais cette résistance apparente cache une souffrance: Pour Henri, » Un jour, il s’est effondré sans prévenir. il n’a rien dit. Il s’est simplement allongé et a fermé les yeux ». pour Buster Keaton, »Son père le lançait à travers la scène,le frappait, le faisait tomber. Les spectateurs riaient. Lui ne pleurait pas. »

Wallace- Colin Niel

Le dernier roman de Colin Niel, après Darwyne en 2022 qui m’avait séduit. Nous sommes toujours en Guyane, entre la ville et la forêt amazonienne toute proche. Mathurine, assistance sociale à la protection de l’enfance , mère célibataire, très attirée par la nature sauvage vit avec son fils Wallace, passionné de jeux vidéos.Ils affirment leur amour parental et filial réciproques mais tout les sépare.La tension va monter lorsque Tiburce, endeuillé par la mort de sa fille,va révèler une apparition étrange dans la forêt.Cela va déclenché chez Mathurine des souvenirs liés à Darwyne et une attraction vers la forêt.

Le roman prend alors un tour fantastique, tout en restant bien ancré dans le réel. Les épisodes dans la forêt ont capté ma lecture de ce roman que j’ai fini en quelques jours.

Réalité sociale, puissance et mystère de la nature vivante, relations parents-enfants: colin Niel quitte le roman noir et part sur des chemins plus universels.Un auteur méconnu des médias et c’est dommage.

La Farce- Domenico Starnone

Encore un livre de Domenico Starnone, écrivain italien contemporain que je découvre. C’est le récit d’un grand-père qui doit aller garder son petit fils de 4 ans pendant 4 jours dans l’appartement de sa fille, appartement de son enfance. Ce sera difficile car il compte finir des illustrations pour son éditeur.Se succèdent des scènes avec cet enfant espiègle et intelligent , dont celles où il reste enfermé sur le balcon face à son petit-fils. C’est bien écrit et grinçant à souhait.

Huit leçons d’histoire économique- Jean-Marc Daniel

Changeons un peu d’air: un livre d’économie pour changer. L’histoire des principaux thèmes économiques : inflation, monnaie, dettes, protectionnisme,impôt, croissance est passée en revue dans ce livre .Et cela m’a passionné.Un peu de recul par rapport à ce que l’on vit aujourd’hui. En particulier sur l’histoire du liberalisme et du protectionnisme dans le commerce, beaucoup plus complexe qu’on l’imagine.C’est un peu daté car le défi climatique n’est pas abordé: je vais donc lire le suivant.

A savoir :JM Daniel est un économiste libéral qui intervient sur BFM, même si cela ne se sent pas trop dans ce livre, ce n’est pas un livre avec une vision dirigiste de l’économie.

Pierre Laval – Renaud Meltz

D’habitude les biographies concernent celles d’hommes qui ont fait de grandes choses.Ce n’est pas le cas de Pierre Laval, homme honni suite à son comportement de collaboration pendant la dernière guerre. Cette très longue biographie de Pierre Laval , homme qui a gouverné avec Pétain et a été pendu à la libération, révèle un homme venant de la gauche, avocat des syndicalistes puis un homme politique hors parti entre radicalisme et socialisme , puis entre radicalisme et droite, un homme de constant compromis et combinaison,prêt à tout pour la paix. Ce qui frappe le plus , c’est le parcours d’un homme sans convictions, qui a gouverné avant le Front Populaire, louvoyant, mêlant politique et ses affaires,maquignon dans l’âme, espérant toujours, pendant la drôle de guerre, avant le désastre de mai 40 ,un accord avec l’Italie de Mussolini.Au début de la guerre,il devient le chef de gouvernement de Pétain, convaincu de la victoire de l’Allemagne,cherchant à limiter les conséquences de la défaite pour la France , sans comportement nationaliste. Jusqu’au bout , il défendra son parcours, disant avoir évité la venue des ultracollabos au pouvoir.